| présentation.

Adak est une initiative qui consiste en un service alternatif de commerce du livre : on conserve les conseils d’un libraire référent, mais sans les murs de la librairie. Pas d’énorme stock non plus, mais malgré tout, la biblio-diversité au rendez-vous. Pas de best-sellers sur des rayonnages de douze mètres de long, mais de belles surprises imprimées issues des marges du monde de l’édition, où l’on pourrait se perdre tant les propositions sont variées et nombreuses.

A une fréquence définie, à intervalles réguliers et selon un engagement dans la durée, Adak part à la rencontre de ses adhérents pour leur livrer leurs bouquins. C’est l’un des principes des AMAP, parmi tant d’autres qui auront inspiré Adak, au point que nous nous appuierons d’ailleurs sur certaines de ces structures qui nous semblent dignes d’intérêt(s), chaque jour davantage. De manière complémentaire à ce qu’elles proposent déjà, et selon un procédé similaire : en s’éloignant du circuit commercial traditionnel, l’AMAP et ses adhérent.e.s ont une ambition clairement, fondamentalement militante, de restructuration économique et sociale au niveau local.
En souhaitant renouveler les rapports habituels entre producteurs (ou éditeurs) et consommateurs (et lecteurs), on pose la même question du “savoir consommer autrement”. Les concerné.e.s tissent un lien moral, en actant un engagement qui va bien au delà d’un simple acte commercial d’achat étalé sur plusieurs mois.

De la même manière qu’on adhère à une AMAP par conviction, l’option proposée par Adak serait de faciliter l’accès à un autre type de culture imprimée que celle que l’on trouve selon le tout venant (grandes surfaces culturelles, librairies en ligne, etc) en proposant, selon un modèle éthique, solidaire et économique similaire aux AMAP par rapport à la production maraîchère (l’engagement sur la durée, la distribution périodique, l’installation du lien moral entre adhérent.e.s et producteurs), un choix d’exemples issus de la bibliodiversité à l’œuvre dans le giron de l’édition contemporaine. Et on a l’embarras du choix !

Alors évidemment, l’enjeu n’est pas de se substituer aux libraires indépendantes qui font déjà ce travail : Adak n’est pas vraiment une librairie, ni nomade, ni éphémère.
Mais la plupart de ces commerces culturels croulent sous des contraintes de disponibilité et de rentabilité (même minimale) et toute la passion et la bonne volonté du monde ne permettra pas toujours à un.e libraire de prendre le temps de creuser toutes les marges de l’édition, et de tenter de “pousser” beaucoup des titres “particuliers” qui ne se vendront pas toujours auprès de leur clientèle pour des tonnes de raisons, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. De fait, si chacun.e d’entre eux permet de découvrir des choses, c’est logiquement au détriment d’autres ; et dans le même temps, c’est avec une grande satisfaction que l’on entre dans une librairie pour y faire des découvertes que l’on ne recroise nulle part ailleurs.

De fait, Adak est davantage une équation-trait d’union associant et reliant la curiosité des un.e.s, les coups de cœur des autres, et l’envie de tenter, chichement mais collectivement, des ouvertures sur d’autres choses : ça n’est pas avec quelques livres tous les mois, seulement auprès d’une poignée d’adhérent.e.s de structure type AMAP, que l’on pourra parler de marché concurrentiel ou d’autres gros mots du même genre pour nos camarades libraires.
Mais ! Si vous avez apprécié un des choix d’Adak, on passera alors la main à nos collègues libraires pour qu’ils vous proposent d’autres titres susceptibles de vous plaire, de vous intéresser, et qu’ils pourront vous proposer. On peut imaginer une sorte de mise en place d’un modeste réseau de quelques librairies intéressées pour répondre à cette proposition d’horizontalité dans l’échange : on a déjà une bande de collègues prêt.e.s à vous orienter en fonction des choses que vous aurez appréciées (ou détestées, qui sait ?). Pour plus de complémentarité et de liens avec les librairies indépendantes du coin, on vous invitera à aller voir de ce côté-là

👉 Pour des raisons de cohérence avec tout ce qui fait Adak, nous nous devons de préciser qu’il n’y aura pas d’autres possibilités telles que, par exemple, l’expédition postale des livres, malheureusement : pour être adhérent.e d’Adak, il faut pouvoir se rendre régulièrement à l’une ou l’autre des distributions proposées localement (ou envoyer un.e ami.e).
Ce qui est en revanche possible si les conditions ne sont guère réunies pour vous (si vous habitez trop loin de la Bourgogne-Franche-Comté, ou si les passages dans les environs ne sont pas compatibles avec votre emploi du temps), c’est d’imaginer un gros carton se remplir au fil des mois, et être récupéré par son adhérent.e/propriétaire à un moment donné. L’essentiel étant de faire en sorte que les livres trouvent leurs lecteurs, sans surchager la planète en émissions polluantes supplémentaires à celles que le circuit du livre impose ; et puis, il y aura toujours un collègue libraire indépendant à proximité de chez vous ! Enfin, on l’espère.

En s’articulant parallèlement à des structures existantes, le service “culturel” porté par Adak permettrait de compléter une volonté déjà bien inscrite chez les amateurs/amatrices de circuit court/consommation raisonnée et autre amapien.ne.s (et plus généralement chez celles et ceux qui ont appris au fil du temps l’importance de se questionner au moment d’acheter) : celle de consommer différemment, loin des néons des grandes surfaces aux longs circuits obscurs et destructeurs (économiquement, socialement, écologiquement, comme nous le savons tous désormais) ; de découvrir des choses sans craindre de s’aventurer dans des contrées encore inconnues, et en étant guidé en cela par un professionnel (en l’occurrence, un libraire expérimenté, et entouré de confrères, de consœurs, d’autrices, d’auteurs, d’éditrices, d’éditeurs, etc) pour contribuer à agrandir un périmètre de jeu qui ne demande qu’à l’être.
En contrepartie, la seule chose demandée aux adhérent.e.s est la suivante : en s’engageant pour une durée d’un an, les adhérent.e.s garantissent ainsi un fond de trésorerie minimum pour la période à venir, suffisant pour que les 786543234 salarié.e.s d’Adak puissent être correctement rémunéré.e.s pour leur somme de travail. Lors de leur inscription, les adhérent.e.s confirment avoir pris connaissance du fonctionnement d’Adak, dont les status et modalités sont consultables sur le site, et ont en tête que les acquisitions de livres sont planifiées à l’avance : ils s’engagent donc pour une saison complète aux conditions et choix (thématiques, tarifaires, lieux de distribution) qu’ils auront défini.


Les livres auxquels on peut s’attendre.

Entre la petite édition, l’édition indépendante, la micro-édition, l’impression artisanale, on a de quoi redécouvrir le livre imprimé sous toutes ses formes. La bibliodiversité est terriblement excitante de nos jours, et bon nombre de parutions pourtant notables n’atteignent pas toujours les étals des libraires. C’est également là-dessus que nous concentrerons quelques efforts, à aller chercher des livres qui pour diverses raisons peinent habituellement à être mieux visibles : économie réduite de la part de l’éditeur qui empêche une diffusion plus large, semi-confidentialité due à une visibilité uniquement en festivals, publications à compte d’auteur, etc.

De la même manière qu’on essaiera de contourner quelques habitudes pouvant éventuellement restreindre la possibilité d’une découverte, nous faisons le choix de ne pas privilégier la nouveauté à tout prix, ce petit jeu de la sur-visibilité où les plus gros éditeurs se tirent la bourre entre eux, le plus souvent au détriment des plus petits. Il y aura évidemment quelques livres tout frais tout neufs, mais un bouquin n’a pas la même durée de vie qu’une courgette et ceux parus il y a deux jours, deux mois, deux ans ou deux décennies pourraient bien s’avérer tout aussi pertinents que ceux qui sentent encore l’encre fraîche. “Le fond”, comme on le nomme dans le milieu du livre, n’est pas forcément un truc lié à une pile patrimoniale et poussiéreuse, comme nous l’observerons.

Il est évident que bien des livres seront aux croisements de ces diverses approches, et que leurs formes seront multiples : on peut lire de la poésie qui témoigne d’un engagement politique ; on peut lire un polar croisant avec l’anticipation et la SF ; on peut lire de la bande dessinée qui traite de sujets éminemment politiques ; etc. Jamais les frontières n’ont été aussi floues, jamais les territoires d’écriture ne se sont autant chevauchés les uns les autres, pour produire autant d’ouvrages singuliers. La porosité a du bon parfois !
Il va falloir s’y retrouver, mais a minima, on peut partir avec une ou deux directions sur notre boussole. Adak explorera autant le verbe que l’image : du texte, du dessin, de la photo, on ne fige pas le livre à un seul truc. Aujourd’hui plus que jamais, sa forme et son contenu sont pluriels, nous le redécouvrirons ensemble.

Au passage : le lien avec l’AMAP concernant la production locale ne sera évidemment pas aussi systématique que les tomates du maraîcher d’à côté, mais cette dimension sera clairement explorée et valorisée autant qu’il sera possible de le faire à partir du moment où nous resterons dans l’idée d’explorer un autre livre tel que nous aimons la concevoir. De petites structures “à proximité” seront également présentes, et là aussi, elles sont nombreuses et surprenantes, et gagnent parfois à être connues. Quelques fabuleux catalogues sont pondus dans les tréfonds de la Bourgogne-Franche-Comté, et qui trop souvent restent à découvrir.

Dans tous les cas : les contenus seront à l’unisson, riches et variés, explorant toutes les possibilités du récit, de l’image, de la mise en page, de la fabrication d’un livre comme autre chose qu’un vulgaire et énième clone d’une saga à succès, froidement empilé en tête de gondole : ceux-là continueront de s’en sortir très bien sans nous, comme qui dirait !


Mais encore?