| quel drôle de nom…

Adak (*) est une petite île de l’Alaska (le plus grand état des États-Unis, et le moins densément peuplé), située sur la baie Kuluk.
Sa superficie est de 711 km2, la toundra y règne, de fréquentes tempêtes hivernales et d’épais brouillards estivaux font que la température y oscille entre -7° et 16°.
Le village principal de l’île, dont la population actuelle est de 329 habitant.e.s, porte le même nom : Adak.

Une fougère endémique particulièrement rare, la Polystichum aleuticum, dont il resterait moins de 100 spécimens en tout et pour tout sur la planète, ne se trouve que sur cette île (coucou François).
On peut glaner ici ou là quelques informations sur l’occupation originelle d’Adak par les Aléoutes, un peuple autochtone inuit.
Mais en dehors de tout cela, ni l’île ni le village ne semblent avoir été le théâtre de faits historiques incroyablement marquants, ni même passablement notables.

Mis à part, peut-être, celui-ci : durant la seconde guerre mondiale, l’armée américaine installa une base navale sur Adak.
En 1943, la garnison (d’environ 6000 soldats à l’époque, tout de même) déprimait sévèrement dans l’ennui, la neige et la froide grisaille de l’Alaska, à tel point que le général Simon Bolivar Buckner Jr, dans un élan de pitié et de générosité, décida qu’on allait y planter massivement des sapins pour fêter Noël et remonter le moral des troupes.

L’histoire ne dit pas trop si le moral fût bon à la suite immédiate de cette décision.
La vaste opération de replantage de conifères dura plus de deux ans. Mais ni les militaires ni les arbres ne donnaient l’impression d’être vraiment à leur place sur cette petite île. Et si la garnison finit par être fermée et les militaires renvoyés à droite à gauche au fil des ans, les arbres, eux, périclitèrent inexorablement dans ce nouveau milieu un chouïa hostile.

La plantation disparut petit à petit, jusqu’à ce que ne subsistent plus que quelques rares sapins, à peine plus déterminés que leurs défunts confrères. Les habitant.e.s firent preuve d’un peu d’auto-dérision au sujet de leur minuscules résineux : on posa un panneau signalétique devant les quelques derniers arbres rabougris, annonçant solennellement “vous entrez et sortez du parc national d’Adak”, comme une blague en écho aux gigantesques domaines forestiers nord-américains. On le savait, c’était la fin…

La forêt d’Adak en 1967 | photo gentiment confiée par Priscilla Reed | thanks Priscilla !

Mais la nature est surprenante, et l’insignifiant est une valeur très relative et surtout très subjective.
Alors que personne n’aurait misé sur l’avenir du bosquet d’Adak, aujourd’hui (soixante ans plus tard), contre toute attente, une quarantaine de sapins poussent doucement mais sereinement, à leur rythme.
L’adversité n’était pas assez forte face à la détermination de ce petit massif de conifères, qui est devenu une grande satisfaction locale : cette minuscule forêt serait aujourd’hui officiellement la plus petite forêt du monde(**). C’est écrit sur internet, c’est donc vrai, pardi.

Pour beaucoup, une forêt minuscule et sans intérêt, une poignée d’arbres dérisoires, anodins et complètement négligeables ; mais pour d’autres une forêt résistante, opiniâtre, déterminée, et surtout, pleine de surprises.

Emprunter le nom d’une forêt notable pour un commerce de livres ? Voilà bien une idée saugrenue…

La forêt d'Adak, par le chouette Paxson Woelber en 2015 / paxsonwoelber.com
La forêt d’Adak en 2015 | photo prise par Paxson Woelber | paxsonwoelber.com | thanks Paxson !


(*) Le mot Adak vient du mot aléoute Adaq, qui signifie “père”. Ça alors.
(**) Constatation établie sans aucune concertation extérieure par les quelques visiteurs et les habitants d’Adak eux-mêmes, il va sans dire.


Adak - entrez dans la forêt (BANDE)