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“Le reporter enragé” de Egon Erwin Kisch

Cent pages | 2003 | 12 €

Quelle plus belle bibliothèque que celle qui comptera l’intégralité des publications des éditions Cent Pages ?
Ce travail d’orfèvrerie, de la conception à la réalisation, n’est cependant pas qu’une série de réussites esthétisantes : le contenu, à l’unisson, donne le tournis tant les sorties croisent et tracent la carte d’un monde littéraire curieux, idéal, stimulant et excitant au possible.

Cent Pages, créé il y a une grosse trentaine d’années par l’exigeant Olivier Gadet, aligne les pépites en leur donnant une forme qui répond à leur contenu. En confiant les clés de leur graphisme et de leur design à Philippe Millot il y a déjà quelque temps de cela, la structure a pris une distance avec tout ce que l’édition compte de jolis faiseurs : en 2008, la collection Rouge Gorge a reçu la médaille de bronze au Concours des plus beaux livres du monde.
Vous l’aurez compris, chez Adak, on remercie régulièrement les dieux de l’édition de nous avoir donné Cent Pages.

Le Reporter Engagé a été écrit entre 1913 et 1934 par un furieux du nom d’Egon Erwin Kisch.
Journaliste et auteur s’étant illustré par la qualité de ses reportages sur le terrain, associé à la scène allemande dite de « la nouvelle objectivité », Kisch apporte une modernité et une implication qui détonne à l’époque, qui détonne aujourd’hui. Dans les années 20, son anthologie de reportages en trois tomes est un carton qui scelle son destin : le reporter enragé (titre du premier volume) est un homme lu, qui devient pour beaucoup le reporter le plus significatif de son époque, bien au delà de Prague d’où il vient, et bien par delà l’Allemagne nazie qui l’avait inscrit sur sa première liste secrète de types à neutraliser d’urgence. Kisch, arrêté mais jamais stoppé, passe par les cocos du KPÖ en Autriche, par la Tchécoslovaquie, puis Paris, puis les brigades internationales en Espagne, puis le Mexique, puis le retour à Prague à la fin de la deuxième guerre.

Rien que dans ce petit livre qui devrait vous donner envie de creuser le reste si vous ne le connaissez pas déjà, on croise trop d’ingrédients fous pour commencer à les lister mais : déguisé en mendiant dans un accueil de sans-abris, une rencontre avec Charlie Chaplin, dans une prison berlinoise, quelque part dans le quartier londonien de Whitechapel… Six reportages, pas une ligne à jeter.

Note : préface de Günter Wallraff ; traduit de l’allemand par Danièle Renon et Alain Brossat