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“Safari Lune de Miel” de Jesse Jacobs

Tanibis | 2015 | 18€

Sous couvert d’un énième délire graphico-cosmogonique dont il a le secret, Jesse Jacobs signe un nouveau bouquin assez fascinant, et où se trament bon nombres de sous-récits qui s’entrecroisent de manière virevoltante sans jamais manquer son atterrissage.

De très nombreuses préoccupations de l’auteur sont au rendez-vous, comme autant de questions qui nous traversent toutes et tous dans cette époque décidément intense pour beaucoup. D’abord, la décontraction s’invite de manière sous-jacente, mais bien présente : on taira la manière dont l’un des personnages s’avère être un type coincé dans ses réflexes virils, on fera comme si on avait pas remarqué l’étrange manière avec laquelle une autre vit son rapport à la filiation, et on se fera petite souris devant la représentation flippante de ce safari d’un genre nouveau, mais tout aussi déplorable que ceux que nous connaissons.

Mais le personnage principal de “Safari Lune de Miel” est probablement ce monde environnant, qui est davantage déroutant qu’il n’est réellement hostile. Si chacun des personnages donne l’impression d’empiler mes mauvais choix quant au comportement à adopter face à telle ou telle situation, c’est davantage comme un miroir déformant (pas tant que ça au final…) de nos propres réflexes sur notre façon de déambuler dans le monde.

Le bouquin donne l’impression d’être un mélange de guide touristique halluciné, de petite encyclopédie d’un monde imaginaire un brin chelou, et de “livre dont vous êtes le héros”, avec douze milles ramifications narratives qui peuvent se répondre, mais sans réelle issue unique. Pour apprécier les idées et réflexions portées par l’auteur, cela vaut le coup de se laisser porter un peu…

Jesse Jacobs est un type à surveiller de près. Son univers plastique était cohérent au premier jour, mais la trichromie utilisée dans ce récit porte l’ensemble vers ce qui ressemble probablement à son essai le plus abouti. Il donne des éléments de réflexion, des tonnes de détails dans ses histoires, mais donne l’impression de laisser une large part aux lecteurs et lectrices pour tirer des conclusions, quelles qu’elles soient.