“La ligne du couleur de W.E.B. Du Bois” de W.E.B. Du Bois

Whitney Battle-Baptiste & Britt Rusert
Éditions B42 | 2019 | 29,00 €

Il aura fallu attendre longtemps pour que le lectorat strictement francophone puisse découvrir le travail de W.E.B. Du Bois (né en 1863 dans le Massachusetts, mort en 1963 à Accra, au Ghana), quasi-inconnu de par chez nous et généralement reconnu comme sociologue incontournable et militant émerite, mais aussi (et surtout ?) comme le père des Black Studies, pas moins. “Du Bois considérait que le capitalisme était la cause principale du racisme”, peut-on lire à son sujet.

Et voilà qu’en quelques années, les éditeurs français se penchent enfin dignement sur le travail de cet auteur à plusieurs reprises : d’abord son essentiel The Philadelphia Negro (paru en 1899, et traduit l’an passé à La Découverte), et désormais, le très beau travail des Éditions B42 qui propose un ouvrage assez singulier.

En 1900, Du Bois présenta le fruit d’un autre travail de longue haleine : un ensemble de données établies afin de représenter de manière efficace et très lisible la réussite économique et sociale de la communauté afro-américaine aux États-Unis depuis l’abolition de l’esclavage. Le tout, sous la forme de diagrammes et de graphiques témoignant d’une véritable “ligne de partage des couleurs”, qui prend tout son sens en consultant ce livre qui devrait autant satisfaire les amateurs de graphisme que les collectionneur de données sociétales.
La modernité de l’approche et du résultat visuel de cette volonté de l’auteur demeure incroyable de pertinence, un siècle plus tard.

L’historien et éditorialiste fût le premier afro-américain diplômé d’Harvard. En 1905, il s’entoura de plusieurs théoriciens et sociologues afro-américains pour contester le compromis d’Atlanta et nommèrent leur groupe de travail le Niagara Movement, en rapport avec leur lieu de rencontre au Canada. Les Niagarites formulaient un très précieux travail de pré-déconstruction sociale quant à la question des afro-américains, mais se firent évidemment refouler par l’essentiel du monde de l’édition nord-américaine, aux mains de blancs qui ne voyaient pas cela d’un très bon œil. Qu’à cela ne tienne, Du Bois achèta alors une presse d’imprimerie (carrément) et publia plusieurs périodiques, dont quelques hebdomadaires très engagés et très identifiés : voilà qui en dit long sur la détermination du bonhomme d’1m65 (avouez que ce genre de détails est indispensable à savoir lorsque l’on parle d’un tel type. Non ? Ah bon).