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“Le Retour à la terre” de Aaron Cometbus

Demain les Flammes, Noeuds Éditions | 2021 | 9,50 €

S’il fallait résumer le new-yorkais Aaron Cometbus en trois ou quatre mots, on pourrait par exemple utiliser “pape du fanzine mondial”, et l’on aurait alors probablement la description la plus juste, quand bien même bigrement réductrice. Car Cometbus (qui est aussi le nom de son fanzine le plus connu, depuis son premier numéro en 81) est un personnage haut en couleurs, dont le parcours et l’histoire sont tellement riches et denses que l’on pourrait en remplir bien des pages à son sujet.
Depuis quelques années, les écrits très diversifiés de l’auteur bénéficient d’une belle mise en lumière de par chez nous grâce au travail de plusieurs structures éditoriales formidables, qui ont bien compris l’importance de cet auteur, et combien il était injuste que seul un public anglophone ne puisse l’apprécier à sa juste valeur.

Pour faire court : Cometbus est un punk, auteur, musicien, roadie, libraire, touche à tout pour éviter de crever la dalle, et avec toujours cette volonté de passer entre les différentes gouttes néfastes à son existence. Les sirènes du libéralisme ne chantent plus depuis longtemps pour Cometbus, qui évolue à travers le monde sans jamais cocher toutes les cases pour y être absorbé. Un authentique lascar qui au fil des décennies a modestement partagé ses pensées, ses réactions, ses historiettes et ses états d’âme au gré de chapitres et de fanzines suivis de très près par des tonnes de lectrices et de lecteurs à travers le monde.

Parmi les différents chantiers d’écriture parmi lesquels il s’égosille (et les boîtes à photocopie avec lui), ce recueil de témoignages sur un sujet précis : citadin convaincu, Cometbus ne comprend pas l’intéret et l’attrait qu’ont la nature et l’environnement campagnard américain pour de nombreuses et nombreux de ses semblables ayant quitté la ville pour un peu plus de vert.
Il va donc interroger celles et ceux qui se sont barrés dans les années 60, puis retranscrire plusieurs de ces propos, réunis ici sous l’égide de l’histoire orale : c’est brut et spontané, les rebonds témoignent de dialogues humains et vivants, on est pas dans le manichéisme et le parti-pris, mais davantage sur un strapontin devant lequel se jouent de savoureux échanges entre témoins et acteurs de ces décisions.
L’utopie est-elle soluble dans l’expérience ? Pas de réponse magique mais le plein d’envies à la suite de cette très chouette traduction de Nathan Golshem.